Les débits de boissons en 1900

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En 1900 (principalement à Paris), il est possible de boire dans de nombreux lieux, selon sa condition sociale et ses moyens.

Le bar « américain » ou « à l’américaine »

Inspiré des bars américains, ils sont encore rares à Paris en 1900, et en trouve que quelques uns dans des grands hôtels, comme le Ritz.
On y retrouve en général des tabourets hauts, un bar et des meubles en acajou poli et surtout on y boit des coktails d’outre Atlantique : Des mélanges d’alcools avec des jus de fruits ou des bitters.
La clientèle y est généralement des clients de passages fortunés ou des dandys en quête d’exotisme.

 

Les Grands Cafés et Cafés

Synonyme d’élégance et de temps long, généralement trouvés sur les longs boulevards, les cafés ne sont pas des lieux faits pour boire, mais pour sociabiliser. Dans des décors de velours rouge, de lustres, de miroirs et de tables en marbres, les clients s’y installent pour lire les journaux, écrire des lettres ou des articles, pour discuter politique ou jouer aux échecs. Des serveurs en gilet noir et tablier blanc y servent du café de qualité bien sûr, mais aussi des liqueurs réputées, du champagne ou de l’absinthe (jusqu’à son interdiction en 1915) à l’heure verte (17:00). On y trouve aussi la presse internationale et de quoi écrire son courrier.

 

Les cafés concert ou les cabarets

Ancêtre du Music Hall, et prenant en sorte le relais des cafés en soirée, on y va surtout pour voir une revue. Le décor y est tamisé, les tables serrées, la scène prenant le plus grand de la place dans la salle. On y sert généralement du vin ou du champagne (généralement pour garder sa table). Des ouvreuses passent régulièrement pour vendre cigarettes, tabac ou friandises. L’ambiance y est plutôt bohème (Chat Noir) à Montmartre, plus canaille ailleurs.

 

Les Marchands de vin

Ce sont les débits de boisson les plus courants à Paris. Communément appelés « Bougnat » ou Zinc, on y vient pour acheter son vin au litre (qu’on emporte généralement dans sa propre bouteille)  ou pour boire un « coup de rouge » au comptoir. C’est un lieu utilitaire, souvent reconnaissable à son comptoir en bois recouvert de zinc ou d’étain. Généralement tenus par des auvergnats, ce sont aussi souvent des marchands de charbon. Pas ou peu de chaises, les ouvriers y viennent prendre un « café-gnole » avant d’embaucher ou après le travail pour discuter debout en prenant un verre ou en venant acheter un sac de charbon.
On y boit généralement le « petit rouge », le « blanc-limé » (vin blanc + limonade) ou le « café-pousse » (café avec une goutte d’eau-de-vie).

 

Les brasseries

Tenues par des Alsaciens ayant fui l’annexion de 1870, ce sont autant des débits de boisson que des lieux de restauration. Tout en boiserie sombre, miroirs gravés et banquette, on vient y boire  des liqueurs de fruits, mais surtout de la bière gardée au frais grâce à la glace. On commande généralement des demi, ou des distingués (1 litre). Au besoin on peut y manger à tout heure. Les plus réputés sont la Brasserie Lipp ou Bofinger.

 

Les bistrots

Comme les brasseries ce sont autant des lieux de restauration que des débits de boisson, et ils désignent généralement un ancien marchand de vin qui sert aussi à manger. Contrairement au marchand de vin où l’on reste debout, le bistrot dispose de quelques tables et chaises en bois (sans nappe ou avec un simple papier) et servent un plat unique : un ragoût, une soupe populaire ou un saucisson à l’ail.

 

Les Estaminets

À Paris, en 1900, ils commencent à se faire plus rare. Ils évoquent immédiatement la Flandre, l’Artois ou la Picardie. À Paris on utilise ce terme surtout dans les quartiers où sont installés les ouvriers venus du Nord pour travailler dans les usines ou les chemins de fer (gares du Nord ou de la Villette.

Les différences majeures entre un estaminet et un bistrot ou un marchand de vin sont le fait de trouver plus facilement des bières (plus fortes) du Nord et non le vin rouge courant dans les autres débits de boissons, mais surtout c’est un endroit où l’on fume, principalement la pipe. L’air y est saturé de fumée grise, le lieu est sombre et bas de plafond. Les tables y sont lourdes et en bois, le décor simple ou inexistant. C’est aussi un lieu de rencontre masculin, entre jeux de cartes (manille) ou de dés, ou où l’on parle syndicalisme, politique ouvrière ou courses de pigeons voyageurs.

 

Les Guinguettes

Ces débits de boissons, situés « hors les murs » (au-delà de l’octroi de Paris pour payer moins de taxes sur l’alcool) disposent généralement de grandes terrasses ou jardins, de préférence près d’un cours d’eau ou d’un lac et sont décorés de treilles et de lampions afin d’y renforcer le décor familial et champêtre. On y danse au son de l’accordéon en dégustant le Ginguet (vin blanc local un peu aigrelet) et du sirop pour les dames.

Les « Assommoirs »

Ce sont des débits de boissons clandestins ou de très basse extraction. Situés généralement dans des caves, avec du mobilier récupéré ou bricolé (comme des tonneaux servant de tables), on y boit généralement du  « Tord-boyaux », du « Camphre » ou du « Vitriol » (des eaux-de-vie frelatées, souvent de l’alcool d’industrie parfumé).
C’est aussi le lieu de rencontre des « Apaches » (les voyous ou « gangs » parisiens)  et ils sont particulièrement mal famés.

Les prix

Bien entendu les prix dépendent du produit consommé, mais aussi du lieu.

  • Un canon de rouge chez le marchand de vin coûte 10 centimes (2 sous).
  • Une absinthe au Grand Café coûte de 50 à 90 centimes.
  • Un cocktail dans un bar américain coûte entre 1,50 F et 2,00 F.
  • Le café chez le bougnat (sans sucre) coûte 2 sous (10 cts) et pour 2 sous de plus on peut y ajouter un petit lolo (nuage de lait) ou un pousse café (une goutte d’eau de vie).
  • Le café dans un bistrot ou brasserie coûte de 25 cts à 30 cts, mais il est servi avec 2 morceaux de sucre.
  • Le café dans un Grand Café coûte de 40 cts à 60 cts. Vous payez le décor, le service impeccable, le droit de lire le journal et de rester 2 heures en terrasse. Ces cafés sont généralement servis en mazagran (une sorte de verre à pied) ou en filtre.

Note: En 1900 le pourboire n’est pas une option, c’est une institution. Dans un Grand Café si vous ne laissez pas au moins 1 sou (5 cts) de pourboire au garçon, vous étiez généralement très mal vu lors de votre visite suivante.

Dernière mise à jour : 5 février 2026 11:59 par kylcannon

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